Imaginez : chaque fois que vous entendez un violon, vous voyez du bleu. Ou alors, que le chiffre 5 est invariablement jaune. Que le prénom « Marie » ait un goût de fraise. Hé bien, pour environ 4 % de la population, ce n'est pas de l'imagination.

On appelle cela la synesthésie du grec syn (ensemble) et aisthesis (sensation). Le cerveau des synesthètes mélange les sens : une stimulation dans un canal sensoriel en déclenche automatiquement une autre, totalement involontaire et constante. Un peu comme l'effet McGurk, mais sur plusieurs canaux.

Il existe des dizaines de formes de synesthésie. La plus courante associe des couleurs aux lettres et aux chiffres : le A est rouge, le B est bleu, le 3 est vert. D'autres synesthètes goûtent les mots (le mot « table » peut avoir un goût de chocolat), voient des formes quand ils entendent de la musique, ou « ressentent » des textures en regardant des couleurs.

Ces associations ne sont pas apprises : elles sont câblées dans le cerveau pendant l'enfance et restent stables toute la vie. Un synesthète qui voit le chiffre 7 en orange le verra orange à cinq ans comme à cinquante ans. Certains découvrent d'ailleurs leur particularité très tard, en apprenant que tout le monde ne fonctionne pas ainsi.

Longtemps considérée comme une bizarrerie, voire une pathologie, la synesthésie est aujourd'hui considérée une variation neurologique normale, qui serait liée à des connexions supplémentaires entre les zones du cerveau responsables de différents sens.
Beaucoup de synesthètes considèrent cet effect comme un enrichissement : le monde est littéralement plus coloré, plus goûteux, plus texturé.

Certains artistes célèbres étaient synesthètes : Kandinsky voyait les couleurs en écoutant de la musique, et Duke Ellington associait des teintes à chaque note. Pour eux, peindre ou composer était littéralement une expérience multisensorielle.
Et vous, de quelle couleur est votre lundi ?